4ème dimanche du temps ordinaire – 1er février 2026
Abbé Jean Compazieu | 25 janvier 2026Heureux…

Pistes pour l’homélie
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Cet évangile nous parle de bonheur. C’est un sujet qui nous tient tous à cœur. Nous voulons tous être heureux. Des hommes et des femmes se battent pour de meilleures conditions de vie. En lisant cet évangile, je pensais à tous ceux et celles qui sont douloureusement éprouvés par la maladie, l’accident, les tensions familiales, les conflits de générations. Et puis, il y a aussi la solitude, le chômage et la précarité qui nous rendent bien fragiles devant l’avenir. Et pourtant, sur la montagne, Jésus ne voit que des gens heureux. Non ce n’est pas de la provocation ; il veut tout simplement nous inviter à chercher au-delà de l’apparence.
L’important, c’est en effet d’accueillir cet évangile comme une bonne nouvelle pour les petits, les pauvres, les exclus, tous ceux et celles qui sont accablés par toutes sortes de malheurs. Jésus les proclame heureux, non à cause de toutes ces souffrances qui leur sont tombées dessus, mais parce que le Royaume de Dieu est à eux. Grâce à lui, leur vie retrouve un sens nouveau et ils peuvent se remettre en marche. Cette rencontre avec le Christ devient pour chacun le point de départ d’une grande espérance. C’est une invitation pour nous à mettre toute notre confiance en Dieu. Lui seul peut nous combler de ses richesses. Ce cadeau nous est offert gratuitement sans mérite de notre part.
Le problème c’est que certains parmi ces pauvres n’ont plus la force de se lever. Leur cri de souffrance, nous devons l’entendre et le respecter. Jésus a accueilli les malades, les lépreux, les paralysés, les pécheurs. Il a pardonné, guéri, relevé. Aujourd’hui, il compte sur nous pour le porter à tous ceux et celles qui se trouvent sur notre route. Quand nous allons à leur rencontre, ce n’est pas seulement un geste d’amitié. Jésus est là, près de nous ou en nous. Avec lui, nos visites deviennent des « visitations ». C’est toujours un grand bonheur quand le Seigneur vient dans la vie de quelqu’un.
Cet évangile des béatitudes n’est pas une simple leçon de morale. Jésus voudrait nous apprendre à tout voir avec le cœur, et surtout avec le regard de Dieu. La nuit de Noël, nous avons entendu que « Marie méditait ces événements dans son cœur. » C’est un exemple que nous sommes tous invités à suivre. Même quand tout va mal, Dieu est là, et il a un projet d’amour sur nous. Si nous nous arrêtons au seul regard des médias, nous ne pouvons pas nous en rendre compte. Nous devons entendre l’appel du prophète Sophonie : « Cherchez le Seigneur, vous les humbles du pays… Cherchez la justice et la vérité. » Dieu construit son projet avec des petits et des humbles. En choisissant ce qui n’est rien, il exerce sa puissance de Créateur.
Cet évangile nous adresse donc un message de la plus haute importance. Autrefois, on nous a fait apprendre les commandements de Dieu et de l’Église ainsi qu’un certain nombre de prières. Mais la plupart d’entre nous n’avons pas eu à apprendre cet évangile des béatitudes. Et pourtant, c’est la clé de la bonne nouvelle. Il nous montre Jésus qui vient nous rejoindre au cœur de nos vies, de nos joies et de nos peines. Il ne cesse de nous ouvrir la porte pour le rencontrer. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Personne ne va au Père sans le rencontrer. Et quand tout va mal, c’est lui qui nous porte.
Pour vraiment entrer dans le message de cet évangile, c’est vers le Christ qu’il nous faut regarder : il est le pauvre de cœur qui met toute sa confiance au Père et auquel il remet toute sa vie. Il est le bon berger qui prend soin de chacune de ses brebis et qui part à la recherche de celle qui est perdue. Il est le miséricordieux qui vient nous libérer et nous remettre debout. Il est Celui qui donne la paix non pas à la manière du monde mais en se donnant lui-même au nom de l’amour dont il est habité. Il est le juste totalement ajusté à l’amour de son Père. Il est celui qui pleure sur la tombe de son ami Lazare. C’est tout cela et bien plus que nous découvrons en nous tournant vers le Christ.
Jésus ne nous demande pas seulement d’être vertueux, ce qui est déjà pas mal. Ce qu’il veut par-dessus tout, c’est que nous soyons heureux en le suivant. Et il nous indique inlassablement le sentier pour y parvenir : il est notre guide, notre modèle de pauvreté, de douceur. Lui seul peut nous apprendre à vraiment vivre toutes les béatitudes. Alors, n’hésitons pas à nous approcher de lui. Une rencontre avec lui c’est la chance de notre vie. C’est en choisissant de le suivre que nous trouvons le vrai bonheur.
Alors oui, Seigneur, nous venons à toi. Tu es le chemin qui nous conduit vers la vraie vie, vers la joie d’être fils et filles de Dieu en toi. Tu nous demandes de te donner notre misère, nos déséquilibres, nos faiblesses. Tu es capable de prendre tout cela dans ton amour pour nous donner ta vie pour toujours. Nous voulons crier la joyeuse nouvelle :
« Au cœur de ce monde, le souffle de l’Esprit
Fait retentir le cri de la Bonne Nouvelle!
Au cœur de ce monde, le souffle de l’Esprit
Met à l’œuvre aujourd’hui des énergies nouvelles. »

Les ‘Béatitudes’ proclamées par Jésus restent l’une des pages les plus commentées de l’Évangile. À travers le ‘Discours sur la montagne’, Jésus nous parle du bonheur mais d’une manière qui nous déconcerte et nous désarçonne. Ses Paroles nous dérangent et nous laissent perplexes, surtout lorsque nous sommes confrontés à la dure réalité de la vie.
Jésus proclame ‘Heureux’ ceux que nous aurions volontiers plaints. Il promet le ‘Bonheur’ à ceux qui doivent lutter contre la pauvreté et les souffrances. Par neuf fois, le mot ‘Heureux’ nous frappe par sa singularité et son paradoxe. Le ‘Bonheur’ dans le dénuement. Le ‘Bonheur’ dans les épreuves. Le ‘Bonheur’ au milieu des injustices… Est-ce possible ?
Au premier abord, Jésus va à l’encontre de nos aspirations les plus profondes. Les ‘Béatitudes’ semblent être une inversion totale de notre conception habituelle du bonheur. Un bouleversement radical des impulsions bien humaines. Un idéal impraticable ou un modèle écrasant ? En effet, qui oserait dire ‘bienheureux les pauvres’ en cette période de précarité ? À tout prix, on revendique un confort de vie. On cherche à éradiquer la misère. Qui de nous s’enhardirait à glorifier ‘les doux et les pacifiques’ dans un monde de violence et de lutte sans merci ? Une lecture superficielle des ‘Béatitudes’ peut engendrer de graves malentendus. Le premier serait de croire que ce message de l’Évangile nous maintient dans une atmosphère irréelle et doucereuse, loin de la réalité du monde. On dirait que les ‘Béatitudes’ nous poussent à demeurer dans la souffrance, dans les larmes, dans la pauvreté, dans la résignation en nous promettant une récompense dans l’au-delà ! Loin de nous cette idée fausse !
Depuis toujours, l’aspiration au bonheur est ancrée dans le cœur de l’homme. Une quête perpétuelle. Cette soif profonde est ressentie à la fois par ceux qui croient en Dieu et par ceux qui ne cherchent que les plaisirs personnels. Aussi bien chez les privilégiés que chez les nécessiteux. Ah, vivre heureux ! On aborde volontiers ce sujet sous différents angles. Mais le problème, c’est que nous ne sommes pas tous d’accord sur ce que nous entendons par ‘être heureux’. Beaucoup estiment que le bonheur est dans les plaisirs et la richesse. D’autres se contentent d’une vie sans soucis. C’est pourquoi, certains ont tout pour être heureux et ne le sont pas, car ils ne cessent de poursuivre des chimères. D’autres, en revanche, malgré les défis énormes, ont toujours la capacité de garder l’optimisme, le sourire et la confiance. Eh oui, heureux ou non, tout repose sur la perspective que chacun adopte pour sa vie !
Par le chemin des ‘Béatitudes’, Jésus aborde de manière différente cette perspective du bonheur. Il nous livre les clés d’un ‘Bonheur’ durable, accessible à tous. À la portée de tous ceux qui adoptent une conduite conforme à l’Évangile. À chacun de s’inspirer de sa Parole pour aborder de meilleure manière chaque situation de sa vie. Car le ‘Bonheur’ réside souvent dans les petites choses du quotidien, même les plus déconcertantes. L’essentiel, c’est de savoir le discerner pour tirer le meilleur parti de chaque événement.
Dans des ‘Béatitudes’, le mot ‘heureux’ ne désigne pas l’objet convoité mais nous oriente vers un ‘Bonheur’ hors du sentier battu. Le ‘Bonheur’ promis par Jésus provient du plus profond de notre être intérieur. De l’Amour et la Paix dans l’âme ! Toutefois, il n’exclut ni la souffrance ni les privations. Cette félicité, parfois conquise avec détermination et courage, nous donne la force de faire face aux vicissitudes de la vie. C’est un flux puissant, capable de lisser les aspérités les plus coriaces. Avec lui, toute épreuve peut se transformer en une expérience positive. Souvent, face aux aléas de la vie, nous avons l’impression que le bonheur nous échappe. Pourtant, il est toujours là, à portée de main. Il suffit d’ouvrir toute grande la porte de notre cœur pour qu’il s’y engouffre et s’y installe durablement.
Le ‘Bonheur’ est là pour celui qui refuse d’être enfermé dans la convoitise de ce qu’il voudrait posséder. Le ‘Bonheur’ est là pour celui qui prône la miséricorde et le pardon. Le ‘Bonheur’ est là pour celui qui sait dominer sa rancœur. Le ‘Bonheur’ est là pour celui qui se donne sans rien attendre en retour… Le ‘Bonheur’ est bien là dans le partage, dans l’amour sincère et le don de soi. Ce ‘Bonheur’ se cultive et s’entretient à chaque moment de la vie.
Alors, oui, les ‘Béatitudes’ nous parlent vraiment de ‘Bonheur’ ! Jésus nous invite à le saisir et à le faire rayonner autour de nous. Fleurissons là où nous sommes plantés. Même au milieu des ronces. Transmettons aux autres cette capacité à être heureux. Comme un doux parfum de fleur, cette joie de vivre embaumera le cœur de ceux qui nous croisent sur la route.
« Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ! » (Mt 5:9).
Nguyễn Thế Cường Jacques